NOIR ET BLANC             COULEUR

 

Pour bien appréhender l’œuvre de Coda, il faut d’abord connaître l’homme : Musicien, écrivain, illustrateur, aucune forme d’expression ne le laisse indifférent, nécessité de sortir des limites de son univers de peintre (si limites il ya a…) non pas pour lui échapper mais au contraire pour en enrichir l’expérience, dans cette appréhension affamée de tout ce qui participe du monde de la création. Il a ainsi dessiné une soixantaine de timbres pour la Poste, illustré des livres d'enfants, écrit des nouvelles, réalisé des  couvertures de livres.  Chez lui le renouvellement est permanent, passant,  dirais-je,  presque naturellement d'une abstraction lyrique et colorée à un expressionniste marqué toujours au coin d’une ironie décapante. 

Dans son œuvre, peinture et dessin se confondent, dans l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, presqu’animale, d’où peuvent surgir les choses les plus inattendues.La série de portraits montrée ici s’inscrit à l’évidence dans cette dynamique: la touche est large, généreuse, parfois brutale et pourtant élaborée. Ici pas de trucs, d'artifices;  l'attaque est frontale, sans retour, puissante, risquée. Ces visages semblent surgir de nulle part comme pour mieux nous dire qu’ils sont de partout et d’ailleurs, et qu’on peut les rencontrer partout et même ailleurs !Présences singulières et incontestables, on en cherche vainement les emprunts; ils sont là, à prendre ou à laisser, sentinelles attentives d’un monde humain ou chacun, au-delà de sa singularité, pourrait tout aussi bien être l’autre. 
Cette œuvre empreinte d’une profonde humanité est celle d'un artiste authentique indifférent à tout effet de mode,  loin des concepts ambiants et des dérives de certaines pratiques dites « contemporaines ».

Lou Kitte  Critique d’art

« Il y a 7 milliards d’habitant sur notre planète. Ça fait beaucoup de monde. Et cette humanité grouillante de vie, j’en fais partie, j’y participe, j’y suis immergé. Je la côtoie au quotidien mais sans jamais vraiment la rencontrer; je n’en croise qu’une infime partie, quelques centaines tout au plus, rien au regard de  tous ceux que je ne connaitrai jamais.Pourtant, dans la solitude de mon atelier je les sens là, tout proches, invisibles et cependant presque palpables, obsédants. Il faut que j’aille à leur rencontre, mais comment ? Les inviter pour faire leur portrait ? Ce serait magnifique, mais combien de vies me faudrait-il pour cela ? Alors je les convoque sur le papier. Je vais les réinventer, dresser ma propre typologie, mon catalogue personnel. Donc  je dessine. Et l’utopie devient réalité. Ils sortent de l’ombre un par un et ils s’invitent sans cérémonie, venant peupler peu à peu mon espace intime. Un dialogue muet se noue mais cette fois c’est moi qui leur raconte leur histoire. Et ils s’y fondent, ils jouent le jeu, devenant ainsi plus vrais que  nature, plus familiers aussi, en quelque sorte  apprivoisés !  Ainsi tous les jours je fais une nouvelle rencontre. Pour mon plus grand étonnement.Oui ils sont là, bien vivants, et contrairement à ce que prétendent les auteurs de romans policiers, je déclare solennellement que toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, pour fortuite qu’elle soit, n’est pas seulement le fruit du hasard… « 

Cette conscience des êtres et des choses que manifeste le peintre est bien une conscience du monde, car en effet, lorsqu’on regarde ces portraits, on ne peut douter de leur réalité. De leur existence devrait-on dire car ces personnages, pour fictifs qu’ils soient n’en sont pas moins vivants. Chacun d’eux en effet a sa propre identité et le peintre semble nous dresser là un inventaire des possibles, à tel point que  chacun d’entre nous pourrait s’y reconnaître.  Mais au-delà de ces singularités, il y a surtout quelque chose  d’universel dans leur simplicité, dans l’absence de mise en scène, dans ces corps à peine esquissés, comme pour mieux souligner les visages puissants qui semblent taillés dans la glaise originelle. Ils sont là, installés dans une prudente mais solide neutralité et cette simplicité même donne infiniment plus à imaginer des pensées qui les animent, des soucis, des questions que ces yeux immobiles, ces bouches fermées expriment, que ne le feraient n’importe quelle théâtralisation aussi spectaculaire qu’inutile ! Coda est le peintre de l’âme humaine car ces gens là sont bien de notre monde ; ils sont le monde, un monde qui s’ordonne autour de nous parce qu’il est en chacun de nous, un monde auquel s’identifie celui qui les a créés car il est des leurs, comme nous le sommes tous.

Arturo Zabeta-Paroldi - Peintre et critique d'art