Orribles    Gros    Moches

 Dans son roman " Je suis une légende", Richard Matheson nous raconte l'histoire de ce dernier survivant de l'espèce humaine capturé par des mutants qui, avant de l'éliminer, le voient comme un monstre puisqu'eux mêmes sont devenus la nouvelle "norme".

L'histoire que nous raconte Coda n'est peut être pas si éloignée de celle de Matheson et son interrogation inquiète pose la question de notre possible futur : sommes nous destinés, nous aussi, à devenir des mutants ? Face aux menaces chimiques, bactériologiques, nucléaires qu'engendre notre système de développement, notre belle humanité ne sera-t-elle bientôt plus qu'une légende, cédant la place à ces OGM qui seront alors, eux aussi, la nouvelle norme ?

   La question soulevée est d'autant plus angoissante que les figures proposées, à contrario, ne cède pas aux clichés du genre cadavres verdâtres, bouches baveuses,  langues pendantes et autres pieds fourchus; certes, ces anatomies inimaginables n'ont rien à voir avec notre précieuse plastique mais ces corps bodybuildés à outrance respirent d'une vie qu'on sent affleurer sous la peau tendue. Ils sont bien là, debout, affirmant leur insolente présence en remplissant largement l'espace de la toile, voire en la débordant, muscles tendus, érigés devant ce noir profond qui, s'il ne montre rien, laisse tout supposer de leur improbable origine.

   Quand on se trouve face à l'ensemble de ces images, le choc est violent, sentiment mêlé de plaisir esthétique intense et de sourde inquiétude.

   Plaisir esthétique en effet: si le concept de beauté a encore un sens aujourd'hui, alors oui, ces images sont belles. La touche est large, généreuse, brutale et pourtant élaborée. Ici pas de trucs, d'artifices;  l'attaque est frontale, sans retour, puissante, risquée; la matière est riche, alternant brillance et matité, soulignant la lumière, exagérant les volumes.

Présences singulières et incontestables, on en cherche vainement les emprunts; ils sont là, à prendre ou à laisser. Oui, ils sont beaux ces inhumains qui déclenchent les mécanismes de notre imaginaire !

   Quant à l'inquiétude éprouvée, c'est certainement moins leur plastique que les projections qu'elle engendre qui la provoquent.

   Mais pour le flux sanguin qui semble animer ces colosses, la question de sa couleur reste posée...

 

Arturo Zabeta-Paroldi - Peintre et critique d'art - Rome, le 30 décembre 2013