Le parcours de Guy Coda est fait de contrastes, de rencontres et de passions. Sa peinture en témoigne, car il s’agit d’une peinture agitatrice qui réactive les clichés, les stéréotypes, les figures emblématiques de notre société.  Il désigne la structure familiale avec des œuvres intitulées « Pépé », « Mémé », la « Fiancée », « Mariée » ou encore le « Big Chief ». Si l’utilisation du cliché révèle habituellement une incapacité à créer une forme nouvelle pour se fondre dans le discours de l’autre, Guy Coda souligne la vanité de s’en passer sur un mode ironique. Il établit une complicité d’ordre culturel avec le spectateur en suscitant un aspect jubilatoire et provoquant. La pratique du stéréotype n’implique pas la conscience de la stéréotypie, ce que prouve la vie en société qui véhicule images, opinions et croyances collectives. La conscience de la stéréotypie apparaît comme moment critique du « caractère réducteur et souvent nocif des schèmes collectifs figés » selon Ruth Amossi. Intituler une œuvre « Google » est un clin d’œil aux nouveaux outils de communication, mais se veut comme une moquerie – telle cet homme qui tire la langue au spectateur - lancée aux pratiques quotidiennes qui entraînent un nivellement de notre rapport au monde et plus largement de notre savoir. D’un esprit aiguisé, Guy Coda provoque et joue sur les mots de façon subtile. Sur les toiles, l’écrit est lisible et devient parfois du griffonnage ; une simple figure d’une pensée inaudible. Du jeu de mots, on notera par exemple « Occident de la route » qui présente une femme noire presque nue avec du papier calque en guise de pagne. Son visage semble être un remodelage esthétique, une sorte de mise en conformité physique. Grâce au collage, elle est affublée d’une paire de lunettes vintage associée à une bouche souriante d’homme blanc. Cette femme parle le langage de l’homme blanc à savoir le langage de la société de consommation, comme le souligne une inscription sur la toile : « Coca cola is good for you » à laquelle répond son bracelet de la marque de soda. A la richesse du capitalisme s’oppose un certain asservissement. Le propos est renforcé par la technique elle-même qui consiste en la coexistence de deux modes d’expression : la peinture et le collage. En effet, le collage s’avère propice à bouleverser l’ordre convenu, car il est un mode d’interruption de la linéarité de l’espace pictural. L’énergie de la touche qui s’exprime par de larges coups de brosse, puis s’assouplit dans le détail du rendu, s’oppose à l’objet issu de la société consommation. Le collage est avant tout un élément étranger, certes réapproprié, qui provoque des irrégularités tel un agent perturbateur de la représentation picturale. La peinture de Guy Coda se fait d’ailleurs impertinente dans « Amen ». Un homme d’église porte pour seul habit une barrette noire et déguste un cœur ensanglanté accompagné de vin. L’artiste s’attaque à la symbolique chrétienne : le vin et l’Ostie représentant respectivement le sang et le corps du Christ. L’artiste replace le symbolique dans une scène réelle et, de la sorte, l’homme d’Eglise dévore littéralement le « Sacré Cœur ». A la communion liturgique se trouve substituée le cannibalisme, autre rituel certes trivial qui renvoie à des pratiques ancestrales. Le partage du sacré au profane se fait par le symbole et le rituel, tel le début de prière inscrit sur le tableau qui agit comme un rappel. On l’aura compris nulle posture idoine dans la peinture de Guy Coda qui révèle une sensibilité critique sur ce qui soude la société : les loisirs, l’idéologie, la consommation, la religion…

Veronique Perriol   Directrice artistique